jeudi 15 février 2018

ALONE ON MOON / 12

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L'ouverture des portes est programmée pour 6 heures.
Il faut ramasser les choux-fleurs avant qu'ils ne se mettent à courir précocement. Mais ils ne se laissent pas facilement approcher.
Le chat que tu as mis dehors gémit. Sa voix d'enfant mort-né acidifie l'espace neigeux. Il faut le rentrer, lui donner du lait d'abeille. Tu sors pourtant – dans la ruée du ciel. Il pleut comme un rapace, ta robe oxydée va être toute taggée et tu ne trouves pas de tapis. Tu regardes le ciel avide, mais il a déteint au lavage et les avions font des trous dans l'air : on voit toutes les coutures.
Demi-tour. Est-ce qu'il reste du café ?
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Basket
Tel un Indien amer sortant de sa réserve naturelle, il s'attaqua à mes baskets à coups de chauvesouris. Les coups pleuvaient comme vache qui rit et mes lacets, lassés, prirent la tangente. Mes semelles battaient le pavé avec rudesse. Je décidai alors de me faire pousser une moustache et d'émigrer en Australie où sont les kangourous et les eucalyptus de l'apocalypse.
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Que c'est triste les pays de lest.
La guerre froide a fini sur la chaise électrique. Le Danube n'est ni bleu ni beau. Dans ses profondeurs femelles, des monstres marins forment un cauchemar grotesque où se marient carpes et lapons. Les zombies de Tchernobyl et leurs chiens sans poils ont depuis longtemps perdu leurs eaux et de gros poissons fugitifs dansent au bal du jugement dernier.
Le désert est sanglant, la lumière est morbide. Sur ces territoires intermittents, le vent parcourt les steppes sans changement (l'espace les boit). Les landes sceptiques peuplées d'anacoluthes invertébrés sentent l'épicéa. Le ciel est gris comme un rat.
Sous l'étoile Absinthe, des architectures vindicatives se moquent du coucher de soleil. L'oxygène manque. La gloire passée a détraqué les balcons sans coup férir. Des somnambules marchent pieds nus au bord de l'asphyxie sous influence d'art contemporain. Des moteurs mal consciencieux râlent au pied des murs. Un chien-robot ronge un os d'acier.
Derrière les barreaux des prisons, on regarde une effeuilleuse aux seins verts qui danse sur une musique opératique d'une laideur révoltante. Un bandeau néon enserre son front, empêchant ses cheveux de tourner en boucle. Ses dents sont déboisées. Ses longs bas luisent. Une clarinette ennuyeuse l'accompagne, et sa langue alanguie flirte avec les guitares. (C'est bien trop sentimental.)
Un instant, ses seins poussent en fleurs, printaniers, s'épanouissent en été, fruits juteux. Puis tombent à l'automne. Ne reste que l'hiver squelette.
Shut up, sugar ! Allez vous-en, il n'y a personne à tuer, ici : nous sommes tous atteints de la maladie du bonheur.


lundi 12 février 2018

CHARLATÂNERIES

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Dans l'univers, il n'y a pas de mystères, il n'y a que du mal connu qui gagnerait à être connu. Tout appel au mystère ne fait qu'entraver la pensée.
Les origines de l'homme ? Les mêmes que celles du singe, du marsupilami, ou de la brosse à poils durs : le buissonnement de l'évolution.  L'infiniment grand et l'infiniment petit…? Rien d'autre que notre point-de-vue à nous Terriens. Le terme "infini" est une illusion fomentée par le langage.
Les molécules et les bactéries n'ont rien de mystérieux, elles sont juste très très petites et très très très nombreuses. Les insectes bizarres, oui, il y en a de très très bizarres (de notre point-de-vue humain) : la nature essaie tout, c'est un grand laboratoire OGM à ciel ouvert.
Les pyramides ? Pourquoi construire des pyramides ? Parce que c'est ce qu'il y a de plus con. Fatigant et long, certes, mais facile : pas de colonnes, pas de voutes : un gros tas. D'ailleurs, on ne les a pas construites, en fait, on les a taillées dans des montagnes qui étaient là avant. Le Sphinx, pareil.
Dans l'univers, quand on décèle quelque chose et qu'on ne sait pas ce que c'est, on le qualifie de noir : "Afrique noire", "continent noir" (la femme, selon Freud), "trou noir", "énergie noire", "matière noire". Mais la "matière noire", ça y est, les physiciens ont trouvé : c'est du caca.
Les ovnis ? L'appellation acronymique suggère des objets (solides, donc) – et qui volent, (comme des avions, donc). Abus de langage. "Phénomènes atmosphériques non identifiés" suffirait. Et sans doute naturels : leur forme se retrouve partout dans la nature, de la galaxie au nibard version œuf au plat. Roswell, c'est du bidon. Les aliens s'appellent tous Paul et parlent français comme tout le monde, mais avec l'accent de Phil Manœuvre.
Le "Big Bang", c'est une expression imagée inventée par un physicien britannique pour dénigrer la théorie d'un Univers qui tiendrait tout entier dans un point de convergence de dimension nulle et de densité infinie et ce en temps zéro… "singularité" qui est proprement une aberration rationnelle… ou une charlatânerie.
Les voyages dans le temps sont une fantaisie de l'imagination liée à la comparaison du temps avec une route : métaphore séduisante mais trompeuse. D'ailleurs, le temps, ça n'existe pas.
Pas de fantômes. L'idée que "l'âme" pourrait s'échapper du corps à la mort et continuer à exister "quelque part ailleurs" est une niaiserie née du dualisme et de la peur de la mort. Il n'y a pas de surnaturel, pas de paranormal, que de la paranoïa. Pas de métaphysique, que de la physique. Pas de mystères ni de miracles, ni de dieux, que de l'imagination.
Et c'est génial, l'imagination… mais en tant que : imagination.

Mais il y a aussi les exploiteurs/exploités de l'imagination : les complotistes.
(Dans les § qui suivent, le ! au bout de chaque phrase est obligatoire.)
• Stanley Kubrick est un con !
Le cinéaste, quand il a filmé en studio les astronautes américains pour faire croire qu'ils avaient mis le pied dans la bouse lunaire, était tellement con qu'il n'a pas pensé à faire des petits trous dans la toile de fond de décor pour qu'on croie à des étoiles, n'a pas pensé à lester le drapeau américain pour qu'il ne fasèye pas dans les courants d'air du studio et n'a pas pensé à fermer la porte des chiottes d'où provient une lumière parasite qui contrarie celle du clair de Terre ! Et tout ça en noir et blanc, alors que la pellicule couleur existait depuis longtemps ! On se demande encore si c'est bien lui qui a réalisé 2001, L'Odyssée de l'Espace !
• Les extraterrestres sont des cons !
Quand ils ont assassiné Kennedy, ils n'ont même pas pensé à utiliser un rayon laser qui l'aurait désintégré 100% sans laisser de traces ni de bouts de cervelle !
Par ailleurs, quand ils crashent une soucoupe volante, ils font ça tout exprès dans une zone militaire américaine !
• Les aviateurs producteurs de chemtrails sont des cons !
Ils s'évertuent à envoyer des polluants stérilisateurs dans l'atmosphère alors que le moindre agriculteur chimique fait ça tous les jours sans que personne ne le dénonce !
(Regardons plutôt La Mort aux trousses.)

Pour une nouvelle d'Olivier Ka, in Psikopat 272

vendredi 9 février 2018

ALONE ON MOON / 11


(La vérité n'a que peu à voir avec l'histoire, mais une fiction n'est pas un mensonge.)
Carnet de bal.
Le crabe sous hypnose, marchant du côté de chez Swann rencontra Marcel réincarné en cinéaste. À l'ombre des jeunes fils de fer, les enfants de Paris faisaient la queue d'atmosphère devant les portes de l'ennui.
Les héritages, parfois, sont pénibles : comment se partager une boite à musique, un carton à dessin, un balai de chiottes, un fusil à lunette, un entrechat ? Et les coffres pleins de mots ?
Don Juan est malade – souviens-toi !
Il est au bar, noir, noir démon, trafiquant d'étrange, avec une Amazone aux pieds bleus. Le zinc est incandescent et les tortures pleuvent par entrechats. Le monde a un son d'orgue Hammond orgueilleuse, les lumières tamisent des cocktails d'orangeades, amers comme un veau. Le barman, désinvolte, a bien trois yeux, comme prévu.
Évitez les pluies acides et les chutes de canards.
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Trouble in Paradise
« Un torrent surgi de son âme dévasta son subconscient… » Mais… Qu'est-ce que je raconte, moi ?!
Rien. Everything is absolutely NORMAL.
La plage est désertée, ma main aussi, la pluie s'écrase sur la nuit, le vent bouffle et je nage entre deux comas. Je jette un œil vague sur la mer en contrebas. (La mer est toujours en contrebas.) Les tsunamis se tiennent sages et les crabes attendent le déluge. (Ils sont si naïfs, les crabes.) Le sable est bleu comme un enfant. Au loin, Charybde oscille dans la brume hydrophile, les sirènes chantent, bien cachées, les poissons nagent entre deux eaux. (Pourtant, il n'y a qu'une eau, fluide habitant le monde dans toutes ses dimensions, à la forme de tous les creux, de l'océan unique à l'atmosphère unique, et terres, ruisseaux, rivières, lacs, glaciers, aventures souterraines, et jusqu'aux cuvettes de chiottes et nos vessies.) Les vagues sont lourdes sur la mer, elles n'iront nulle part – parce qu'il n'y a nulle part où aller : le monde est clos, l'océan est unique, tout autour de la Terre qu'on pourrait faire ronde.
Nous pensons sans cesse par début et fin. Nous pensons un fleuve de sa source à la mer, c'est une approximation trompeuse. La source, déjà, est une vue de l'esprit cartographique simplifiant : il y a la pluie, le ruissèlement, la rivière souterraine, etc.  Quant à "la mer"… ? Dans l'embouchure ou le delta, où finit le fleuve, où commence la mer ? (La carte, décidément, n'est pas le territoire.) L'eau du monde est un fluide non fini, continu, comme l'espace, comme le temps. (Nous, dans un but d'illusoire maitrise, nous adorons découper l'espace, le temps, les choses et les êtres en tout petits morceaux, en miettes conventionnelles.)
Ravagé de virages de vagues, je rentre à l'hôtel. Ne m'attendez pas.
Ceux qui, de retour à l'état sauvage, pénètreront dans la mer salée n'en reviendront pas. Ceux qui, aveuglés, pénètreront dans la caverne platonique n'en reviendront pas. Ceux qui, pieds enflés, pénètreront dans la grotte vénusienne où la sphinge pose ses énigmes n'en reviendront pas.
Moi, au bar, au son des mandolines, je boirai du champagne rose avec une paille assez large pour laisser passer toutes les bulles. Quelqu'un entrera me dire que le petit chat est mort. C'est triste, mais heureusement, Gina Lollobrigida a un décolleté généreux.
À qui nuit la beauté ?

dimanche 4 février 2018

ALONE ON MOON / 10


Des planctons électroluminescents se sont installés dans le lac. Ils empêchent les tanches de dormir.
Ça et les ablettes qui jouent un symposium font que la nuit passe trop vite et ne se retient pas, couverture écossaise, de laine légère et verte.
Des branches découpent le ciel, des racines le sol (déracinent le sol ?).
Les serpents rampent à sénestre. Vénéneuses sont leurs larmes. (Dis-moi ton secret, ophidien aléatoire !)
Les étoiles chantent Jeanne la Française avec des airs de fête foraine.
Des nains jardiniers entonnent un chœur de chants de brouette.
Je reste au dessus de l'horizon, au dessus de la ligne de flottaison.
Le plafond a fondu. Je ne dors pas et mon matelas s'ennuie – insomnuit.
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Obsèques obscènes.
Le roi des eaux est probablement dans sa tombe, recouvert de plumes colorées. Là, il fait noir comme dans une taupe, il fait froid comme dans un cadavre, mais il est vivant : il a juste besoin d'air et de soleil.
(Retransmise, l'image, aux nymphes hystériques, leurs croissants sauvages et leurs fourbes escarpins.)
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Des météorites en flammes s'échouent dans les Sargasses de l'automne.
Quand le grand visionneur revint de l'espace, il s'intégra comme une fleur dans les entrailles d'Ève – la velue. Il naquit peu après et prit le nom d'Adam. (Car, si vous ne le saviez pas et contrairement à ce qu'on raconte partout, Adam est né d'Ève, mère de toutes les sources.)
Il laboura les eaux de l'océan : il en poussa des poissons violents.
Il balaya les sables du désert : il en poussa des guitares à douze cordes et des flutes enchanteresses.
Il féconda le champ des vœux et n'en exauça aucun.
— Les dieux inexpérimentés créent des planètes lentes.
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Les archéologues, ivres d'alzheimer, explorent les vestiges, les épaves éparses du navire à la rive. Mais le temps passe plus vite qu'eux.
Dans les cimetières anciens, paysages sages, des gnomes avares ont leurs repaires.
Le soleil se couche sur les os, ardemment.
Les os… Ils sont censés préserver les morts : le souvenir n'en démord pas (mais les morts n'existent pas – par définition). Les architectures de pierre ne guérissent pas les sépultures et la paléontologie est un métier d'apocalypse.
Chacun s'affaire. Les céramiques antiques communient avec les racines des arbres. Les minotaures bâtissent des pyramides où Ariane file des étoiles. Les scarabées ne font pas exception : ils creusent des canyons angoissés et érigent des cercles de pierres stressées.
Du Paléozoïque au Protozoïque, les insultes résistent : c'est la tyrannie des âges.
Les archéologues en sont tout désordonnés : en allant se coucher (de bonne heure), ils laissent des vertiges partout : des fresques à ciel ouvert, des mosaïques ensablées, des statues de sel, des scories de crânes de plâtre, des momies enrubannant des princesses inconnues.
La sérendipité les sauve.
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samedi 27 janvier 2018

"ALONE ON MOON" / 9



Mange avec tes dents !
Un jour, j'ai diné dans le repaire des cannibales. Quand, pour faire comme eux, j'ai mangé un de leurs enfants, ils n'ont pas compris.
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(Écriture automatique ou autiste ?)
Quand le sens fuit, on ne s'en sort pas indemne, condamné au silence. Ça n'écrit pas assez fort, malgré l'aigreur du vide. Et pourtant quelque chose surnage, de sauvage, d'une poésie sans scrupules, isolée, dérisoire, volontiers méchante, indécente, allumeuse : c'est que je n'en veux nulle part venir. Je fais et vois, moi-même hagard et démonté aux fleurs de mai. Ébloui par la foudre absurde, sous les voiles d'absence, je laisse les mots s'adjoindre au papier, loin de moi, sans antennes, comme un mulot cylindré se glisse, antique, sous la porte de la bibliothèque du rêve.
Et le champagne déroule ses oracles.
Mais toujours sous le débile délire perce du sens indésirable. Le n'importe quoi lui-même n'est pas n'importe quoi. C'est pourquoi on l'appelle "n'importe quoi."
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« Ainsi dit Athéna, et la peur verte le saisit. » (Homère. L'Odyssée)
Sans fournir la moindre excuse ou explication, le soleil se couche dans une explosion de peinture. (Il ne faut jamais se moquer d'un coucher de soleil.) La nuit tombe, funèbre, et ne se relève pas.  L'obscurité se fait ténèbres sépulcrales. Hagard mais aux aguets, guetteur du vide astral où se murit l'amertume du feu, je joue au panoptique. Des lueurs transpercent le brouillard hirsute. Mais le jeu s'éteint avant l'aube. La surveillance a été levée. On en rêve encore – ensorcelé.
•••
J'aime bien dormir entre mes deux oreilles et rêver mes propres rêves.
Ève, Miss Terre, est imperceptible. Elle marche sur mes yeux sans les briser. Elle est électromagnétique, filtrée, inaudible. Voilà la dernière fée.
Son jardin est à fleur de peau. Il y pleure. Les chrysanthèmes des deux sexes s'y étreignent en sanglotant. La vapeur des roses s'y glisse hors de portée des quolibets. Les nains y fleurissent. Asphodèles, équivales, roses d'embrun le peuplent à l'ouest, péritoines et délicates à l'est. Les filles du nord somnolent dans son orangerie et la glaise est au sud, aux abords du marais. (Il serait imprudent d'essayer de le traverser pour atteindre l'ile noire : les sables acrimonieux et les boues sont avides, elles ne rendent que des os bien sucés.)
La belle échappée vient souvent dans mes nuits, avec sa chair féroce, ses bras silencieux, marchant à pas de mystère sur un fil d'argent. Ses seins imaginaires sont un outrage à la gravitation. Une lune à la place du cœur, elle déborde les ombres. Elle met ses mains silencieuses sur ma poitrine et ses mains y laissent des écritures blanches, comme des runes.
… Si la nuit te prend, te rendra-t-elle ? Et à qui ? Et quand ? Et dans quel état ?
Si c'est le lendemain, tout peut être différent : il peut se passer tant de choses au cours d'une nuit. Surtout entre le 28 et le 29 octobre, avec le passage à l'heure d'hiver. L'anticyclone peut être devenu cyclone. La télé peut programmer une nouvelle série policière nordique. À moins que ce soit la Corée nordique qui ait jeté une bombache sur Monsieur Troump. Nice peut avoir battu Metz à la pétanque joyeuse. Ta femme peut être partie avec son kiné Éric. Etc.
… Quand on se lève dans la ville infinie et qu'on rencontre ses rêves dans la cuisine en train de préparer le café ou dans la salle de bain en train de se raser les jambes, il vaut mieux retourner se coucher.
La vie mord.



mardi 23 janvier 2018

LETTRE OUVERTE aux expéditeurs de publicités postales.


Le mystère des "listes extérieures".
« Cher Monsieur Challenges , chère Madame Science et Avenir (et quelques autres)
Je fais suite à votre courrier qui a retenu toute mon attention. Courrier venant en retour de mon propre envoi à l'aide de votre enveloppe T de ma demande d'être rayé de vos fichiers de prospection, envoi de ma part répondant à votre propre envoi de tout un dossier publicitaire me proposant de m'abonner à votre beau magazine.
Hum… Je reprends dans l'ordre chronologique, ça sera plus clair.
1) Je reçois de votre part un courrier comprenant un échantillon de votre magazine assorti de proposition d'abonnement, ainsi que d'une enveloppe T à votre adresse pour la réponse (supposée par vous positive, bien sûr, sinon à quoi bon ?).
2) Je vous retourne dans votre enveloppe T le plus gros de ce que comportait votre envoi, agrémenté de la demande : prière de me rayer de vos fichiers de prospection.
3) En retour de mon retour, je reçois un nouveau courrier de votre part, tenant à me préciser que mes noms et adresse ne figurent pas dans vos fichiers : vous avez, me dites-vous, utilisé pour l'envoi de vos offres d'abonnement des "listes extérieures". Vous ajoutez que si je souhaite ne recevoir aucun courrier de publicité, vous me conseillez de m'inscrire dans le fichier "Stop Publicité" en écrivant à Liste Robinson.
Bien.
Je paye déjà un système anti-spams (et ça m'emmerde)… et pour les spams publicitaires qui passent quand même dans ma BAL, ils comportent toujours (c'est la loi) un lien permettant, en quelques clics, de se faire "rayer de la liste" des prospects.
De votre côté, vous vous dédouanez sur de mystérieuses "listes extérieures". C'est bien gentil, mais :
1) Il s'agit bien de votre intrusion postale dans ma boite aux lettres. Pardonnez-moi de profiter de votre enveloppe T pour protester auprès de vous. Parce que je m'adresserais bien à ces fameuses "listes extérieure", mais qui les crée, qui les détient, qui les vend, combien…? Mystère.
2) Vous me conseillez de passer par la Liste Robinson / Stop Publicité pour ne plus recevoir de publicités de votre part (et d'autres). Une autre manière de vous dédouaner, et ceci en faisant office de rabatteur pour un organisme (Union Française du Marketing Direct et Digital) qui n'est pas un service public mais, si je ne m'abuse, un regroupement de professionnels du marketing, auquel sans doute vous adhérez pour être en règle avec le CNIL. Une sorte d'autre "liste extérieure", donc. C'est gratuit (donc suspect : rien n'est réellement gratuit) et ça suppose de ma part l'envoi d'une lettre recommandée et trois à six mois pour que les résultats se fassent sentir.
OK.
Vous fonctionnez donc comme un cambrioleur qui se défendrait en disant :
1) C'est un ami qui m'a vendu ton adresse ;
2) Si tu ne veux pas être cambriolé, tu n'as qu'à te payer un système d'alarme ou t'adresser à un service de gardiennage – tout cela à tes frais, bien sûr.
Après,
Dans ce marécage de "listes extérieures" (listes noires ?) où se dilue toute responsabilité, vous vous étonnez que certains aient envie de tout casser et de pendre le dernier financier avec les tripes du dernier économiste.
Cela dit,
continuez, vous rendrez service à La Poste (qui perd ses clients au bénéfice du net) en la faisant travailler (à vos frais, c'est la moindre des choses). Ainsi qu'aux habitants des villages isolés qui, sans les publicités intrusives, ne verraient plus un facteur de la semaine.
Salutations distinguées. »


samedi 20 janvier 2018

"ALONE ON MOON" / 8


Dépotoir
Dans le long automne du chaos entropique (l'automne envoutant), le dernier été d'espoir est menacé d'expulsion. Il faut encore de la lumière car l'automne aux lèvres rouges est éteint.
Les esprits de la forêt réinventent les paysages. Les plus âgées des fées, assises entre deux parenthèses enchantées, mangeant la soupe d'anges, ne vont pas tarder à servir de quatre-heure à l'ogre Érébus.
L'outrage a commencé des meubles de salon. Comme dans un rêve, le chat Marmiton danse une pavane pleine de morgue. (L'hiver, tous les chats sont verts.)
Les fruits et légumes reprennent du poil de la bête. Des poires malveillantes nous observent du fond des Sargasses, muettes, elles plient leur peau dans les courroux marins, vaches grasses. (Vois l'étroit visage de la peur dans le détroit de Magellan. Entends le tremblement terrestre des orgues des quarantaines rugissantes. Entends l'esprit des eaux et son ondine aux cris acrimonieux. Le rire éclaté de la déesse aux cheveux verts résonne par delà les étoiles. Les sirènes hantent.)
Le piano à neuf queues et neuf vies est tapi dans un coin du salon. Le lustre – qui l'eut cru ¿ – se reflète dans le dallage à carreaux blancs et bleus de l'étage. Les étagères abandonnées flottent au gré des rayons vides de la lune. Les livres éparpillent sur le tapis leur typographie et leurs gravures.
Au bout de soixante minutes, la lampe s'éteint. Une voix sort du piano, interrogative : « C'est l'heure ? Déjà ? » Le ciel me tombe sur la tête, à moins que ce soit le contraire.
Le four a un dernier soubresaut, la table ment mais ne se rend pas. (La parole des tables est mystérieuse et maigre.) Ainsi finit la guerre des croutons, avec ses chevaux noirs, ses cavernes sculptées, ses oracles inattendus. Le lendemain, livide, c'est la paix comme de l'huile.
Mes vêtements m'attendent étalés sur mon lit, avides. (Le chapeau haute forme, la cravate blanche, l'habit en queue de poisson.)
Sauvages nous sommes, sauvages nous restons, même habillés de pied en cap de costumes de flanelle, chemises, cravates, chapeaux, chaussettes en nylon et souliers en cuir ajouré. Des forces maléfiques nous guident. Les cheminées fument, nous aussi. Faute de boire des coups, nous en recevons. Nous en donnons aussi, à abrutir des bœufs. Les matins sont sanglants, les éléphants sont nus : les habiller reviendrait bien trop cher. Les femmes essuient des rafales de perles. C'est tout un pan de la civilisation qui sombre dans le guacamole.
Mais 68 sondait les cœurs, ses barricades mystérieuses et ses palissades salies par Monsieur de la Police, où, de glisse en glissade, s'étala un récit mêlant colique, répulsion atavique, gueule d'atmosphère et langue de bois.
Le vent se lève. La réalité nous trahit. Tout ce qu'on a abandonné derrière nous, toutes ces chambres laissées vides…
Cassandre la prophétesse parie sur l'avenir. Mais si elle gagne, elle perd, car nous n'aimons pas les oracles, les prophètes de malheur, les profilers du futur, prophylactiques cordons bleus sanitaires. Nous préférons les banana-splits et la confiture de pirates, et nous avons l'insouciance orageuse. Nous pendrons Cassandre.
Les escargots assoupi dans les lieux secrets s'expriment par énigmes spiralées.
La radio ne sait plus quoi dire.
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Dada reste.
Le mouvement surréaliste, a priori anti institutionnel et subversif (héritage de Dada) s'institutionnalisa et Breton fut pape. Tout mouvement subversif, qu'il soit artistique ou politique, devrait se saborder avant de s'institutionnaliser.
Que restera-t-il du mouvement surréaliste ? Quelques peintres dissidents (ceux que Breton a exclus) comme Magritte.
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